Le Derby de Côte d’Opale (Boulogne-Dunkerque)

Habituellement, au septième tour de Coupe de France, le tirage est plutôt champêtre.

Les écuries rodées de Ligue 2 profitent de la trêve pour se déplacer dans des bourgades aussi incongrues qu’insolites, quitte à se faire surprendre sur des terrains compliqués parfois.

Ainsi, Montpellier a dû se défaire d’Agde, Guingamp de Locminé et Saint-Étienne de Quetigny, mais la rencontre phare de cette journée se déroulait ailleurs.

Cap sur la Côte d’Opale qui voit ses deux mastodontes s’affronter, dans le cadre d’un match qui sent aussi bien l’air marin que la poudre.

Dunkerque et Boulogne s’attendaient au tournant la semaine dernière déjà, lors d’une première rencontre houleuse au Stade Marcel Tribut, qui a vu les visiteurs égaliser à la dernière seconde du temps réglementaire (1-1).

La rencontre de ce weekend se déroulait de l’autre côté de la frontière entre le Nord et le Pas-de-Calais, au Stade de la Libération, mais avec un vainqueur à la clé cette fois-ci.

Deux équipes aux passés comparables mais aux contextes bien différents se font donc face en cet après-midi grisonnant.

De son côté, l’USBCO, pour Union Sportive Boulogne Côte d’Opale, a connu un été mouvementé.

Après avoir perdu le barrage d’accession en Ligue 2 contre Clermont (Défaite 3-1, Victoire 2-1), les Rouges et Noirs ont changé de logo une première fois, puis une seconde suite à un désaveu de la plupart des supporters, avant de trouver un point d’entente.

Puis, l’USBCO a vu son sort changer du tout au tout juste avant la reprise du championnat. Après avoir pensé dans un premier temps rester en National, les Boulonnais se sont vus être promu en dernière minute grâce à la rétrogradation administrative d’Ajaccio.

Montée en Ligue 2 express pour les Boulonnais, qui n’ont absolument pas eu le temps de préparer leur retour en seconde division, et ça s’est vu.

Les pensionnaires de la Libé’ comptabilisent actuellement douze petits points et figurent à l’avant-dernière place du classement de Ligue 2, saison pour autant plaisante sur le rectangle vert, car malgré les apparences, Boulogne joue plutôt bien.

Et malgré des balbutiements sur les premiers mois, les Boulonnais décident de croire à un troisième âge d’or, plus de dix ans après le précédent.

Pour comprendre, il est nécessaire de réaliser un rapide retour en arrière.

L’Union Sportive Boulonnaise voit le jour en 1898. Très rapidement, le club s’impose comme un cador de sa région, et connaît quelques épopées en Coupe.

En 1959, Boulogne dispute sa première saison en D2, et le coup de foudre est immédiat, pour une lune de miel qui durera vingt ans, avant de redescendre en D3 en 1980, c’est le premier âge d’or.

Après quelques péripéties et un sauvetage du club par Jean Muselet, ancien maire de Boulogne, l’USBCO, qui a connu la cinquième division, remonte en Ligue 2 en 2007, avant de connaître une fin de saison 2008-2009 en apothéose.

Vainqueurs d’Amiens lors de l’ultime journée de championnat, les Boulonnais sont promus en Ligue 1 pour la première fois de leur histoire.

La fête fût incandescente, mais la douche froide fut immédiate, après une saison à côtoyer les légendes nationales, le club retombe en National dès 2012.

Après une parenthèse en N2, l’USBCO connaît donc deux montées successives sur les deux derniers exercices, qui nous amènent donc à la saison en cours.

La Libé, qui voit les siens défendre vaillamment les couleurs du blason depuis 1957 fût témoin de toutes les tempêtes, comme de toutes les soirées endiablées de ceux qui n’ont pas encore glané de titre majeur.

Les travées de l’antre des Rouges et Noirs peuvent accueillir jusqu’à 6 000 âmes, dans un ensemble particulier du point du vue architectural : les deux latérales ne se ressemblent pas, et la piste d’athlétisme aux quatre couloirs qui bordent le rectangle vert ne sont pas bordées par le moindre virage exploitable.

Pour autant, l’enceinte possède un charme unique. La tribune Ribery, qui accueille le kop, paraît aussi authentique qu’atypique.

En parlant du kop, celui-ci est actuellement composé de deux groupes majoritaires, les Boulogne Fans 1898 et les Margats de la Libé, qui passent leurs avant-matchs dans deux bars distincts mais collés, à deux pas du stade.

En ce dimanche 16 novembre, Boulogne affronte donc son rival Dunkerquois, bien que la haine envers Calais soit plus forte selon certains.

l’Union Sportive du Littoral de Dunkerque trouve ses sources en 1899, quand l’étudiant Marcel Tribut, après un voyage en Ecosse, fût tenté d’importer le football dans sa ville. En 1919, suite à une fusion, l’histoire démarre officiellement.

Le destin des Dauphins a bon nombre de fois été lié à celui de leur adversaire du jour, pensionnaires de D2 de manière plus précoce, les Nordistes ont tout de même fait face aux Boulonnais durant quinze saisons consécutives dans l’antichambre de l’élite du football français.

Bombardé comme son voisin, Dunkerque porte alors les stigmates de la Seconde Guerre Mondiale.

Après une période plus sombre à l’aube du 21ème siècle, l’USLD est de retour en Ligue 2 depuis 2020, puis 2023, et a même failli déjouer les pronostics en disputant les play-offs d’accession en Ligue 1 la saison passée, mais après une victoire prometteuse contre Guingamp, le retour à la réalité fut plus brutal contre Metz, vainqueur des Nordistes à la 93′ suite à un CSC de Yacine Bammou.

Le stade de la Libération se remplit, et pour la deuxième fois en dix jours, les frères ennemis se font face.

Le Pas-de-Calais affronte le Nord sur ses terres, et après un franc succès du côté Lensois contre Lille en début de saison, l’avantage est plutôt artésien.

Le coup d’envoi est donné, et un Tifo flotte au vent en tribune Ribery, en dessous de la bâche « Ici bat le coeur de la Côte d’Opale », le kop revendique la suprématie sur le littoral avec l’inscription « Boulogne Capitale ».

Du côté du parcage, les trois couleurs de l’USLD sont exhibées en cinq bandes plus sobres, laissant place à des drapeaux flammands par la suite.

Les Ultras Dunkerquois (UD07) partagent d’ailleurs une amitié avec leurs compères d’Aalst, dont certains ressortissants étaient sûrement présents pour l’occasion.

Les chants font rage et la joute sonore et vocale débute sur les chapeaux de roue.

Trouvé au second poteau sur un centre, Corentin Fatou trouve la faille à la 12′ minute et débloque le compteur des Boulonnais, dans un vacarme assourdissant, symbole et témoin d’une rivalité qui reprend des couleurs, après plus de cinq ans sans match officiel entre les deux belligérants.

Un tonnerre d’applaudissements laisse à nouveau place aux chants à la gloire de la ville portuaire.

Le jeu est intense, saccadé puis plus spontané, et les deux équipes se procurent tour à tour des occasions de plus en plus dangereuses.

Les minutes défilent mais la tension demeure inchangée.

Juste avant la mi-temps, Zaid Seha égalise pour les visiteurs.

Le parcage explose, le match devient plus électrique que jamais.

Le jeune homme formé à Auxerre remet les deux formations au même niveau, et l’entracte passe à vitesse grand V, tant le suspense est à son comble.

La deuxième période voit les visiteurs prendre le dessus dans le jeu. Les occasions Boulonnaises se font plus rares, mais le danger est toujours là.

Après l’heure de jeu, le jeune Marocain Gessime Yassine trompe le portier Rouge et Noir, le parcage entre en fusion, 1-2 pour les visiteurs.

Les hommes d’Albert Sanchez sont devant, mais ceux de Fabien Dagneaux peuvent compter sur un soutien indéfectible de leur public, qui pousse plus que jamais, malgré la tournure défavorable de la soirée.

La nuit tombe, et le clocher de la cathédrale de Boulogne s’illumine, visible depuis le stade, ce joyau, symbole de la ville, semble être la bonne étoile de ses onze gladiateurs.

Les minutes défilent, le succès se rapproche pour les coéquipiers de Marco Essimi.

Les espoirs sont maigres, et Boulogne entre dans les cinq minutes de temps additionnel avec une rage et une détermination inouïe, mais imprécise.

Les dernières secondes sont douloureuses, mais au bout du tunnel apparaît la lumière.

Suite à un dégagement anodin et à une action rocambolesque, l’abnégation et la combativité de ceux que personne n’attendais plus permet aux Boulonnais d’arracher les tirs aux buts, en faisant trembler les filets dunkerquois lors de l’ultime occasion.

Le sol tremble sous nos pieds, la joie et les sourires sont sur tous les visages, et les coeurs Boulonnais battent à l’unisson.

Contre toute attente, l’USBCO vient d’accrocher le nul.

Pas le temps de festoyer, l’heure est à la transformation.

Dunkerque, qui a vu le ciel tomber sur sa tête, se reprend et transforme le premier essai.

Et alors que le premier essai Boulonnais fuit le cadre, le ballon emporte avec lui à nouveau les espoirs de qualification.

Les Dunkerquois, précis, trouvent systématiquement le cadre devant un portier Rouge et Noir penaud devant tant de sang froid, les Boulonnais transforment aussi leurs essais, mais rien n’y fait, 5-3 pour les visiteurs à l’issue de la séance.

Alors que la parcage entre à nouveau en fusion, la liesse des visiteurs contraste avec la frustration des plus fidèles suiveurs de l’USBCO.

Quelques incidents éclatent, un Derby dont l’issue se joue aux tirs aux buts est forcément houleux.

Mais dans la nuit noire et glaciale de la Côte d’Opale, ce sont bien les Dauphins qui rentreront chez eux avec la possibilité de rêver plus grand, malgré un scénario extraordinaire qui n’a laissé personne de marbre.

Car quand la magie de la Coupe de France s’unit avec la folie d’un Derby, le football ne peut qu’endiabler un morne après-midi, qui nous rappelle à chaque fois, qu’il n’y a que les rivalités les plus farouches, qui nous font autant vibrer, et que rien ne vaut plus qu’une escarmouche, footballistiquement exprimée.

Rendez-vous le 24 avril pour la revanche, toujours à la Libé, pour qu’un vainqueur se dessine peut-être à l’issue du temps réglementaire cette fois-ci…

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