Après une saison riche en aventures diverses et variées outre-manche et outre-atlantique, il est temps d’amorcer la dernière ligne droite en gravissant les Alpes pour se rendre chez nos voisins italiens.

Le trajet ne fut ni long ni tumultueux, en effet, la ville de Gênes est probablement l’une des plus proche de la frontière française à abriter un tel paysage footballistique.
La route pour se rendre dans la ville portuaire est idyllique, Nice, Monaco et Sanremo défilent et nous rappellent que la côte d’Azur et ses milles et une plages paradisiaques ne cessera jamais d’émerveiller des yeux habitués au temps de terres bien plus nordiques.
L’entrée dans la cité génoise se fait directement par le quartier de Sampierdana, acquis à la cause de la Samp, et dont les muraux ornent fièrement les habitations.
Ici, les murs nous parlent avant les locaux, et nous intiment de choisir les bonnes couleurs.
Car la ville portuaire du Nord abrite dans ses ruelles sombres, son port sinistre mais aussi dans ses innombrables églises magiques et dans ses citadelles majestueuses l’une des plus grandes rivalité du Calcio.

La populaire Sampdoria affronte le citadin Genoa, ce dernier est le club professionnel le plus ancien d’Italie, fondé en 1893, et ayant glané pas moins de neuf titres de champion d’Italie.
Cependant, Il Doria, bien que fondé en 1946, a glané une Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe en 1990, et depuis la naissance de la Samp, le voisin plus ancien n’a gagné aucun titre majeur.
Le duo Vialli/Mancini qui a permis à la Doria de remporter son premier Scudetto est encore aujourd’hui l’épisode le plus marquant du Calcio génois moderne en général, et les années 90 l’âge d’or de l’élève devenu maître.

La Sampdoria a également grandement contribué à la naissance ainsi qu’à la genèse du mouvement ultra.
Son principal groupe de fidèles, les Ultras Tito Cucchiaroni sont les premiers à s’affirmer en tant que groupe, et à initier la mouvance qui prendra par la suite dans toute l’Europe, avec une formation officielle en 1969.
Les Ultras Griffoni du Genoa sont apparus plus tard dans les années 70′ (1973 environ), et depuis, la ville s’est scindée en deux.
Le coeur des uns et des autres s’attachant à l’une des deux formations, avec une transmission des passions de père en fils, Di padre in figlio.
Les deux monuments rivaux se partagent la même antre, le Luigi Ferraris, qui peut accueillir jusqu’à 33 000 âmes dans ses travées.
Un virage est attitrée à la faction Tito Cucchiaroni de la Samp, et l’autre attribué aux Ultras Griffonis du Genoa.

Lors des rencontres à domicile, une nouvelle Curva s’empare du bastion adverse le temps d’une soirée.
Les deux camps sont très attachés à leur identité, à leur héritage.
Ainsi, le street art est présent des deux côtés, offrant un tableau des plus somptueux pour nos pupilles, oscillant entre représentations marines et footballistiques, célébrant le coeur battant des deux tribunes comme les illustres défunts de chaque frère ennemi.
Celui de la Sampdoria est populaire, avec une tendance très assumée à gauche de l’échiquier politique, en témoigne une amitié historique avec le FC Sankt Pauli d’Hambourg.
Ces derniers temps, la Samp vit ses heures les plus sombres et depuis une descente express en Série B la saison dernière, la Série C, troisième échelon du Calcio, n’a jamais été aussi proche.

Reléguée officiellement il y a quelques semaines, la Samp a finalement été repêchée en barrage grâce à un retrait de points administré à Brescia, au grand dam des supporters de cette entité historique du football italien.
Le match aller de cette double échéance décisive quant à l’avenir du club se joue au Nord, avant un déplacement des plus sudiste en terre de Campanie.
Plus le stade se fait proche, plus les supporters Dorianis sont nombreux.
Tout de bleu vêtus, ceux que le destin a choisi pour défendre le blason de la Sampdoria entonnent fièrement leurs chants les plus connus, en faisant briller leurs couleurs de mille feux, la fierté débordant de leurs tuniques.

La nuit tombe, les fumigènes éclairent les rues, le coucher de Soleil fait revivre les briques des tribunes de la tanière des Dorianis.
Tout le peuple bleu entre en tribune, passant sous les arches décorées aux couleurs des plus illustres légendes de la Sampdoria.
Chaque mur est une zone d’expression, un endroit de plus où l’on peut laisser libre court à sa fierté générationnelle et familiale.
Les Calciatores s’échauffent, revenus de vacances en urgence dans une opération maintien express, les locaux semblent plus que jamais déterminés à gommer une erreur qu’ils ne se pardonnaient pas.

L’hymne de la Samp retentit, tous les drapeaux sont sortis, toutes les bannières brandies, les écharpes flottent et le spectacle coloré nous émeut quand les 30 000 supporters du soir s’égosillent pour faire vivre une tradition qui perdurera à jamais.
Le niveau sonore est élevé, tous les yeux sont tournés vers le rectangle vert, l’enjeu est crucial et immense, et les ultras bleus, blancs et rouges répondent bien présent.
Un Tifo simple mais traditionnel est brandi par les plus flamboyants des Dorianis, et la rencontre débute.

Les Calciatores de la Samp ne renvoient aucunement l’impression d’avoir été surpris par le retrait de points de Brescia entraînant cette échéance surprise, et semblent plus que jamais prêts à rattraper le coup pour maintenir la Sampdoria en Série B.
La hargne émanant des tribunes fait bouillir le sang des coéquipiers de Fabio Depaoli, et petit à petit, au fil des murmures teintés de détermination, les joueurs se muent en gladiateurs, et le stade en Colisée romain le temps d’une soirée.
Car chaque foulée, chaque récupération, chaque éclair de génie devant la surface adverse peut empêcher un géant au bord du gouffre de sombrer dans les ténèbres.

Les ultras Tito Cucchiaroni déploient des banderoles plutôt explicites (surtout pour Google trad évidemment au vu de notre italien peu fourni), et enflamment leur Curva une fois de plus.
En contrebas, le marin génois a piègé l’hippocampe de Salerne dans ses filets, et l’étau se resserre pour les visiteurs.
Les occasions se multiplient pour les fiers représentants de Sampierdana, et peu avant la pause, la lumière jaillit au bout du tunnel.
La foudre s’abat sur le Luigi Ferraris.
Un jeune néerlandais de 25 ans arrivé en Italie l’été précédent en provenance d’Arnhem vient délivrer le peuple bleu.

D’un coup de tête enragé, l’homme fort du milieu de terrain Doriani vient faire trembler le port du Nord de l’Italie.
En une fraction de seconde, les visages crispés et transpirants transforment les gouttes de sueurs en larmes de joie, et cette dernière déborde des quatre coins du stade.
La première marche vers la rédemption est maintenant derrière les joueurs de la Samp, le miracle, lui, n’a jamais été aussi proche.
La déflagration venue des tribunes est immense.
Elle traduit des semaines de doutes, de malheur, de honte.
Mais dans les hauteurs de Gênes, l’amour pour son club, sa communauté, sa famille coule de source, et en abondance.
Des fumigènes sont craqués tout autour du terrain, le volcan entre en éruption.
L’arbitre vient mettre un terme au premier acte, un quart du chemin est parcouru, la concentration est à son paroxysme, et dès le retour des vestiaires, la tension renaît.

Pour autant, les hommes d’Alberico Evani ne semblent pas se laisser aller au rythme de la complaisance, ils l’ont déjà trop fait auparavant.
Les leçons sont bien apprises à Gênes, et à la surprise d’un parcage désabusé, la Sampdoria domine outrageusement ce second acte.
Les combinaisons s’enchaînent, les passes fusent sur une pelouse improvisée elle aussi.
Rien n’échappe aux locaux qui ont la mainmise sur les occasions, comme si tout l’héritage du mastodonte génois s’était infusé en chacun de ses dignes représentants du soir.

La fin du match approche, les Tito Cucchiaronis réclament le but du break pour se déplacer à Salerne plus sereinement.
Adjugé vendu, le rêve devient réalité quelques minutes avant la fin du temps réglementaire.
Suite à un cafouillage dans la surface, Marco Curto vient doubler la mise.
La soirée à Gênes devient une soirée au paradis.

Les sourires ravageurs envahissent toutes les joues, et tous les coeurs battent à l’unisson.
Toutes les tribunes s’égosillent afin de célébrer leurs héros, les chants s’enchaînent et nos poils se hérissent de frissons.
Le phoenix renaît de ses cendres, et va chercher son maintien à la force de son corps pourtant meurtri par des mois et des mois de disette et de désillusion.
Les fumigènes réapparaissent, et traduisent l’immense bonheur des âmes Dorianis exultantes de bonheur.

La fin de la rencontre est houleuse, un carton rouge est distribué de chaque côté, et les deux adversaires du soir ne se quittent pas d’une poignée de mains, mais d’un face à face frontal dégoulinant de pression.
La soirée génoise n’est pas finie quand l’arbitre le décide, elle se poursuit dans les rues.
Les mottes d’herbes sont délaissées pour le goudron, les écharpes brandies en tribune le sont désormais à l’arrière d’un scooter (c’est plus dur à l’avant).

La Sampdoria était tombée à genoux, attendant le coup fatal, mais en cette torride soirée de Juin, le sort s’est contre toute attente montré clément, au plus grand bonheur des Dorianis, qui savourent cette victoire comme il se doit.
La passion du ballon rond peut se retrouver aux quatre coins du globe, mais en cette soirée du 15 Juin, tous les amoureux du football, du vrai, avaient les yeux rivés sur la Sampdoria.
