Le vent humide typiquement marin nous accueille de manière bien traditionnelle en ce dimanche matin plutôt frais.

L’odeur salée des villes portuaires nous accompagne à chaque pas, et les bourrasques à décorner les boeufs s’amplifient à l’approche du Port.
Le coin est agréable et typique, et la matinée passe vite, à la découverte des spécificités de cette cité bretonne bien sympathique.
Et comme la prophétie l’avait presagé, Lorient est une ville tournée vers l’activité maritime. Le Port de pêche de Keroman ainsi que l’arsenal d’antan l’ont rendue célèbre, mais ce que l’on voit le plus à proximité de « La Base », ce sont bien deux mastodontes de béton érigés durant une période plus sombre.
Construits en à peine huit mois sous l’occupation des années 40′, les deux blocs grisâtres et brutalistes feront de la cité bretonne la plus grande base de sous-marin de l’époque.
Mais grâce aux efforts de l’Alsacien d’origine Jacques Stosskopf, cette facette de l’histoire de la ville fut précieuse pour la résistance locale, informée assidûment par ce dernier, malheureusement exécuté avant la fin du conflit.
La quasi-totalité des habitations furent rasées durant la seconde guerre mondiale, forçant la localité à se réinventer. La Marine nationale ayant investi sa base jusqu’en 1995, Lorient a vu défiler bon nombre d’hommes, et a permis à 100 entreprises de la région de s’implanter sur le site alors béant à l’aube des années 2000.
Une ville qui ne plie pas, contre vents et marées, et qui écrit son histoire malgré tout. Le chemin fût laborieux et complexe, mais l’identité bretonne n’a jamais quitté Lorient, fidèle à son héritage coûte que coûte.
Le FCL affronte donc son voisin Brestois, frère ennemi qui a connu ses heures dorées la saison dernière, mais pour qui le retour à la réalité est de plus en plus imminent, la faute à un budget miné par la baisse des droits TV, comme la plupart des clubs de Ligue 1.

Fondé en 1926, le Football Club de Lorient fête son centième anniversaire cette saison.
L’entrée au club très fermé des entités professionnelles centenaires se fait dans l’élite pour les Merlus, qui ont sommés leur équipementier Joma de concevoir une tunique noir et dorée pour l’occasion.
Les Merlus Ultras, principaux acteurs sonores du Moustoir fêtent d’ailleurs leurs 30 ans, l’aventure ayant débuté en 1995, décidément, l’année se veut festive dans la troisième ville de Bretagne.
Le FCL atteint la D1 en 1998, année bénie pour le football français (et pas que pour la Coupe du Monde 👀), mais a déjà glané une Coupe de France, en 2002, grâce à une réalisation de Jean-Claude Darcheville juste avant la mi-temps.
Les Bastiais sont défaits au Stade de France, et les dizaines de milliers de Lorientais présents dans les travées de la plus grande antre de l’hexagone exultent.
Érigé en 1956, le Moustoir peut accueillir jusqu’à 18 000 âmes dans ses travées, et vibre pour le FCL depuis sa création.
Outre l’historique sportif ou autre fait d’arme classique, ce qui démarque les Merlus du reste de l’Hexagone se voit partout sur la route du Moustoir.

Élément effervescent, visible sur toutes les tuniques, lisibles sur bon nombre d’affiches du club et gravé comme peint dans l’entrée de la tribune ultra, la Bretagne, son drapeau et sa langue, sont partout.
Et Lorient se nomme en réalité An Oriant.
Le cortège des MU95 chemine jusqu’au Moustoir, fumigènes en main, les Merlus chantent à gorges déployées et revendiquent leur supériorité sur leur voisin à bien des reprises.
Aucun incident n’est à déplorer, outre un incendie douteux d’un contenaire à proximité du stade quelques jours auparavant.
L’entrée au stade se fait rapidement, et ce dernier est plein à craquer. Une compagnie musicale de la ville chemine dans les travées, instruments à vent et à percussion à la main.
La culture locale est incandescente et imprègne l’antre.
L’heure tourne, et les deux formations rentrent aux vestiaires après l’échauffement.

Les Merlus Ultras exhibent alors un Tifo resplendissant, une voile classique est assortie à une seconde hissée sur poulies, forment un ensemble fort esthétique et très réussi, malgré le vent venant des entrailles internes de la tribune.
L’assemblage était absolument incroyable, et a magnifié les heures de travail nécessaires à une si belle animation.
Cette est recouverte en intégralité, mais les chants qui jaillissent de ses travées résonnent dans tout le stade.
PS : si vous avez de meilleures photos du Tifo, n’hésitez pas à les mettre en commentaire !
Du côté du parcage, lui aussi très rempli et animé, c’est l’heure de la Pyro ! Les strobos sont de sortie, et un nuage de fumée vient recouvrir le « Tonnerre de Brest ».

Avant tout, les deux groupes rivaux nous rappellent qu’un bon Derby se joue en tribune. Et des deux côtés, les hostilités débutent de la meilleure des manières.
La joute sonore et vocale accompagne les vingt-deux acteurs du jour, et le match débute.
Le carré alloué aux Merlus Ultras est extrêmement animé et les chorégraphies s’enchaînent, suivies par tous ses membres. Les Brestois répliquent de la même manière, les copies sont parfaites de part et d’autre.
D’entrée de jeu, les Lorientais sont à l’attaque, et sur la première action, Théo Le Bris, formé au club et natif de la région, vient d’emblée faire trembler les filets Brestois.
Le Moustoir exulte, la détonation est grandiose, les poings s’agitent et s’entremêlent, la fête était déjà bien lancée, elle devient totalement folle.
Les MU chantent et rechantent de plus belle, suivis par toute la tribune.
Les deux formations se jugent et se jaugent, mais la demie heure qui s’ensuit est surtout rythmée par les deux groupes ultras, qui, décidément, sont en forme olympique.

Juste après la demie heure de jeu, l’ancien francilien Junior Dina-Ebimbe remet les deux formations à égalité, c’est au tour du parcage d’exprimer sa joie, chambrant au passage les Merlus placés à proximité de l’espace visiteur.
Les Merlus Ultras redonnent des couleurs à leur tribune après le Tifo en faisant craquer des pots oranges et blancs, comme pour indiquer aux hommes de Pantaloni de récidiver.
Mais juste avant la mi-temps, les efforts du parcage Brestois sont récompensés, et ce sont désormais les Rouges qui prennent l’avantage, 1-2 pour les visiteurs.
L’entracte passe comme un éclair.
L’opposition reprend sur les chapeaux de roue, la joute sonore s’intensifie au fil des minutes, la densité des chants de part et d’autre est impressionnante par rapport au nombre, et la plaisir d’assister à ce genre de rencontre est indescriptible.

Le Burkinabé Arsène Kouassi évoluant précédemment à Ajaccio converti un service du précédent buteur Lorientais, les filets de Radoslaw Majecki tremblent, et les deux formations sont à nouveau au même niveau, 2-2.
Le vacarme est assourdissant et les célébrations enragées des Lorientais donnent un second souffle à la rencontre.
Le parcage ne faiblit pas pour autant, et notre bonne vieille Ligue 1 nous offre un spectacle aussi extraordinaire que rare et précieux.
Les phases de réussite techniques s’enchaînent pour les deux formations, engagées physiquement et déterminées à rentrer au bercail avec les trois points.
Personne ne triche.
L’assaut d’un navire sur l’autre est très disputé, et les deux caravelles se font face, sans jamais couler.
Et comme si ce n’était pas déjà un derby d’anthologie, c’est encore l’heure de la Pyro !!
Les plus fervents des Lorientais effectuant une ligne rouge derrière leur but, comme pour éblouir l’adversaire Brestois.

Malgré une atmosphère incandescente, un penalty est sifflé pour les visiteurs, à cause d’une main de Bamo Meité, l’ancien Marseillais écopant d’un carton jaune.
Romain Del Castillo convertit l’essai, le coup de canon est imparable, les Pirates Brestois manifestent à nouveau leur joie, et la lutte reprend.
Et alors que le sort de la rencontre semble scellé, Sambou Soumano vient parfaire une après-midi incroyable en venant inscrire le sixième but de la rencontre !
3-3 !
Le Moustoir explose une dernière fois, et les deux formations n’ayant pas démérité, justice est faite.
Le Sénégalais savoure sa réalisation avec son public, lui qui avait débuté le match sur le banc.
Les dernières tentatives sont hargneuses mais ne font pas mouche, et le match nul qui se profilait devient effectif.
Score final : 3-3.
Les Merlus et les Pirates se quittent tous deux la tête haute, car tant en tribune que sur le rectangle vert, la joute fût acharnée, mais fière et courageuse.
Les spectacles pyrotechniques étant venus parfaire la copie de part et d’autre, ce Derby a tenu ses promesses, et est même allé au delà.
Et malgré la pluie et le vent, c’est le sourire aux lèvres que nous quittons Lorient, car rien n’est plus beau qu’un Derby électrique et hostile magnifié par un match fou et débridé.
L’opération comptable n’est pas parfaite, mais la progression des deux équipes continue, et si cette implication et cette hargne perdurent dans le temps, les résultats suivront, j’en suis certain !
De quoi promettre un match retour bouillonnant en terre Brestoise, avec un potentiel vainqueur du trône des ports de Bretagne cette fois-ci !
Je finirai par dire que ce Derby fût aussi grand et beau en majeure partie grâce à deux éléments : un parcage visiteur autorisé et rempli, et de la Pyro des deux côtés, mise en place sans mettre personne en danger, grâce à un savoir-faire qui n’est plus à prouver.
À titre personnel, je ne comprends toujours pas pourquoi ces deux pierres angulaires de notre football français ne deviennent pas systématiques. Quand la répression n’a aucun sens, elle devient abusive.
Personne ne s’est plaint des différents craquages, bien au contraire.
Mais comme on pouvait le lire sur les banderoles de la Marek ce weekend, la LFP a tranché …
